Le terme de toute-puissance est aujourd’hui à juste titre suspect, il est pourtant un pilier essentiel de la pensée réformée, mais dans un sens positif : la toute-puissance n’appartient qu’à Dieu seul ; toute instance humaine ou personne revendiquant cette énergie, cette qualité divine est immédiatement suspecte / Les réformés sont donc par essence critiques face au pouvoir / Cette attitude s’exprime vers l’extérieur dans leur critique de l’idéologie et, vers l’intérieur, dans la critique de la religion / La religion a une constituante institutionnelle dans tout ce qu’une institution religieuse produit de visible (output) ; elle a une constituante humaine, dans ce que l’homme, dans sa recherche de sens, déclare sacré (input) / La Réforme a radicalement réduit la toute-puissance religieuse, dans le sens du monothéisme biblique, à Dieu seul, Dieu qui s’est fait homme, renonçant à sa toute-puissance, Dieu devenu entièrement homme : un Dieu qui veut les êtres humains debout, libérés et réconciliés / Cela implique de renoncer à certaines croyances : au caractère sacré d’objets (interdiction des images, profanation), au sacrifice eucharistique et à la présence réelle (dans l’hostie) pour une commémoration de celui de Jésus durant la cène / La sanctification est redéfinie, le principe de finitum non capax infinitum est mis en avant

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